À toute heure, Le Guilvinec garde son port

jeudi 11 août 2011
  • Le ballet des navires de pêche côtière, tous les jours de la semaine en fin d'après-midi.

    Le ballet des navires de pêche côtière, tous les jours de la semaine en fin d’après-midi.

    Joël LE GALL.

  • Sur le port, la criée ne dort pas : elle fonctionne 24 h sur 24 h.

    Sur le port, la criée ne dort pas : elle fonctionne 24 h sur 24 h.

Au sud de Quimper, au bout d’une pointe cernée d’eau, Le Guilvinec est un grand port de pêche et une petite ville de tourisme familial. Visite en deux temps, de nuit et de jour.

Dès que les derniers rayons du soleil ont disparu derrière la pointe de Penmarch, c’est l’heure du bleu sombre. L’heure où mer et ciel se confondent. Les maisons se replient à l’abri du vent. Les petites rues du Guilvinec s’endorment rapidement sans être réveillées par des bars ou restaurants noctambules.Du côté de la jetée, le port ne dort que d’un oeil. La criée marche 24  heures sur 24 et il y a toujours un frigo ou un moteur à y ronronner. Surtout quand un chalutier de haute mer accoste dans la nuit. C’est alors l’heure du blanc. Celui des néons de la criée qui éclairent les grands tabliers immaculés des trieurs de poisson. Celui des bacs de glace, grutés des entrailles du pont. Celui des ventres de raies. 

« Ils sont une cinquantaine de navires hauturiers à revenir ainsi tous les quatorze jours, raconte Gaëtane Launay, directrice d’Haliotika, passionnant musée de la pêche. Avec une quarantaine de chalutiers côtiers plus ceux voués à la petite pêche, ils forment la force de frappe du port. » Le troisième port de pêche français en tonnages après Boulogne-sur-Mer et Lorient. L’an dernier, ils ont ramené près de 17 000 tonnes de baudroies, de sèches ou de langoustines, crustacé étendard du « Guil » et des ports environnants.

En fin de nuit, vers 4 h, la flottille des chalutiers côtiers s’éveille. Sortant de la nuit, les marins rejoignent les quais, se saluent silencieusement, sautent à bord et « route-pêche ». À la différence des hauturiers qui vont taquiner le large de l’Irlande ou le Golfe de Gascogne, les côtiers sillonnent les quarante kilomètres aux alentours. Ils reviendront cet après-midi. La ville peut continuer à dormir.

Quand Le Guilvinec se réveille, beaucoup d’hommes sont en mer. Ce sont souvent les femmes qui font marcher la ville. Normal avec plus de 400 pêcheurs pour 3 000 habitants, dont 2 000 soudés par la pêche ! « S’il n’y a plus de pêche, il n’y a plus rien », résume Scarlette Le Corre, marin-pêcheur et cultiveuse d’algues. Elle n’a pas son pareil pour parler de « l’extraordinaire lumière du Guilvinec. »

Dans la matinée, les chantiers navals lui donnent raison. Surtout, en face, sur la rive de Léchiagat, où les navires, tels des échassiers, sont réparés sur les quais. La porte d’un hangar laisse apparaître le squelette en bois d’un futur chalutier. Un signe d’optimisme après les crises et les mutations ? « Tout ça reste fragile, on vit au jour le jour », reprend Gaëtane Launay.

C’est peut-être pour ça que des panneaux annoncent la construction d’un nouvel espace pour la plaisance. Le tourisme fait désormais partie de l’avenir. Des touristes qui flânent autour du port, se baignent sur la grève jaune ou s’aventurent à travers les dunes de la grève blanche. Cette année, ils sont nombreux, même si la fermeture du camping municipal a jeté un froid.

Vers 16 h 30, tout le monde retourne au port. En quelques minutes, l’horizon se remplit des silhouettes des pêcheurs-côtiers qui reviennent écumant. Dans un ballet réglé au millimètre, les bateaux touchent les quais, le temps de décharger leur cargaison frétillante. Puis vont se reposer en aval de la jetée.

C’est l’heure du rouge-orangé du soleil faiblissant. L’heure de tendre l’oreille au Café des brisants pour se bercer de l’accent 100 % bigouden. Et attendre la nuit en regardant la mer.

 

Gilles KERDREUX.Photos : Joël LE GALL.